Sororité #2 : ces moments qui rappellent que la vie continue
- Lundi 22 Juin 2026
- #Psychologie
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L'année dernière, j'écrivais un article sur les bienfaits de l'amitié féminine et de la sororité. Les recherches montrent en effet que les liens sociaux constituent un facteur important de protection pour la santé psychologique, le bien-être et la résilience.
Quelques mois plus tard, en regardant cette photo prise au bord du Rhône, j'ai eu envie de prolonger cette réflexion. À première vue, elle ne montre rien d'exceptionnel. Trois femmes qui sourient. Une promenade. Un moment partagé. Une photo souvenir d’un week-end passé ensemble. Et pourtant, elle raconte quelque chose d'essentiel.
Nous nous sommes connues dans le cadre professionnel. Comme beaucoup de collègues, nous avons d'abord partagé un environnement de travail, des réunions, des formations, des projets, des difficultés. Puis les années ont passé. Nos parcours respectifs ont évolué. Certaines ont quitté leur poste. D'autres ont pris de nouvelles directions. Et pourtant, le lien est resté.
Cette photo me rappelle une réalité que nous oublions parfois dans un monde du travail souvent réduit à des indicateurs de performance : les organisations sont avant tout composées d'êtres humains. Certaines rencontres professionnelles dépassent le cadre du travail. Elles deviennent des relations de confiance. Puis des amitiés. Et parfois, de véritables ressources de vie.
Les liens humains : une ressource souvent sous-estimée
Lorsque nous traversons une période difficile, nous cherchons spontanément des solutions, des conseils ou des réponses. Pourtant, les recherches en psychologie montrent que l'un des facteurs les plus protecteurs demeure la qualité des relations que nous entretenons avec les autres. La famille constitue généralement le premier réseau de soutien. Les amis, les collègues, les voisins, les professionnels ou les associations peuvent également faire partie de cet environnement protecteur. Aucun de ces liens ne supprime les difficultés mais chacun peut contribuer à rendre les épreuves plus supportables. Être écouté. Se sentir compris. Pouvoir parler librement. Partager un moment simple. Toutes ces expériences nourrissent notre sentiment de sécurité psychologique.
La vie continue
Au cours de l'année écoulée, l'une d'entre nous a traversé une épreuve particulièrement douloureuse avec une force et un courage qui nous ont profondément impressionnées. Cette expérience nous a rappelé que personne ne choisit les événements que la vie place sur son chemin. En revanche, chacun mobilise, à sa manière, les ressources dont il dispose pour avancer. La famille, les proches, les amis, le travail, les professionnels, les activités qui font du bien (massages, soins énergétiques, acupuncture …) , le contact avec la nature, le mouvement, les souvenirs, les voyages, les projets … Toutes ces ressources participent à un même processus : celui qui permet progressivement de continuer à vivre malgré les épreuves. Nous avons parfois tendance à sous-estimer la valeur de ces moments simples : un repas partagé, une promenade, une discussion au téléphone, un éclat de rire à la machine à café. Pourtant, ce sont souvent ces moments qui nous rappellent que la vie ne se résume pas aux difficultés que nous traversons.
Le travail fait aussi partie du réseau de soutien
En tant que psychologue du travail, je suis sensible au rôle collectif dans les périodes de vulnérabilité. Si le travail est un lieu de « production », il est aussi créateur de relations humaines. Et les collègues, les managers et les équipes peuvent contribuer à créer un environnement où la personne se sent respectée, écoutée et soutenue. Parfois, cela signifie simplement accepter qu'une personne ait besoin de temps. Respecter son rythme. Accueillir sa parole lorsqu'elle souhaite s'exprimer. Ou simplement rester présent. Comme dans toutes les autres sphères de la vie, il ne s'agit pas de réparer, juger, recommander. Il s'agit d'accompagner, être là, à côté. L’environnement de travail de notre amie a compté pour elle.
Ce que cette photo me rappelle
Lorsque je regarde cette image aujourd'hui, je vois trois femmes qui se sont rencontrées grâce au travail et qui ont continué à faire vivre ce lien au fil des années. Je vois des parcours différents. Des expériences de vie différentes. Des moments heureux et d'autres plus difficiles. Et je vois surtout quelque chose que la psychologie confirme depuis longtemps :
Les relations humaines constituent l'une de nos plus grandes ressources.
Cette photo me rappelle finalement une chose très simple.
Les liens humains ne nous protègent pas des épreuves.
Mais ils nous aident souvent à les traverser.
Et parfois, au détour d'un moment partagé, d'une journée girly, d'un verre de prosecco ou de quelques délicieux champignons sauce tartare, ils nous rappellent doucement que la vie continue.
Pour aller plus loin : comprendre le processus de deuil
Le deuil est une expérience universelle qui concerne un jour ou l'autre chacun d'entre nous, que ce soit directement ou à travers l'accompagnement d'un proche. Le psychiatre Christophe Fauré, spécialiste de l'accompagnement du deuil, rappelle que ce processus s'inscrit dans la durée et qu'il est fréquent d'observer, plusieurs mois après le décès, souvent autour de six, huit ou dix mois, ce qu'il appelle un « fléchissement à tonalité dépressive ».
Cette phase fait partie du processus normal de deuil et ne doit pas être interprétée comme un échec ou un retour en arrière. Dans son entretien avec Noémie Sylberg-Klugman consacré à l'accompagnement du deuil, il souligne également l'importance du soutien de l'entourage, de la possibilité de parler de la personne disparue, d'évoquer les souvenirs et de mobiliser différentes ressources : famille, amis, groupes de parole, professionnels, activités physiques, contact avec la nature ou encore pratiques favorisant le bien-être.
Mieux comprendre ces mécanismes permet souvent d'accompagner avec davantage de justesse une personne endeuillée mais aussi de mieux accueillir ce que l'on traverse soi-même.
Référence :
« Accompagner au mieux le processus de deuil » – Entretien de Noémie Sylberg-Klugman avec Christophe Fauré.
Lire l’article : Amitié féminine #2 : un lien vital pour le bien-être psychologique des femmes
