Sororité #2 : ces moments qui rappellent que la vie continue
- Lundi 22 Juin 2026
- #Coaching
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L'année dernière, j'écrivais un article sur les bienfaits de l'amitié féminine et de la sororité. Les recherches montrent en effet que les liens sociaux constituent un facteur important de protection pour la santé psychologique, le bien-être et la résilience.
Quelques mois plus tard, en regardant cette photo prise au bord du Rhône, j'ai eu envie de prolonger cette réflexion. À première vue, elle ne montre rien d'exceptionnel. Trois femmes qui sourient. Une promenade. Un moment partagé. Une photo souvenir d’un week-end passé ensemble. Et pourtant, elle raconte quelque chose d'essentiel.
Nous nous sommes connues dans le cadre professionnel. Comme beaucoup de collègues, nous avons d'abord partagé un environnement de travail, des réunions, des formations, des projets, des difficultés. Puis les années ont passé. Nos parcours respectifs ont évolué. Certaines ont quitté leur poste. D'autres ont pris de nouvelles directions. Et pourtant, le lien est resté.
Cette photo me rappelle une réalité que nous oublions parfois dans un monde du travail souvent réduit à des indicateurs de performance : les organisations sont avant tout composées d'êtres humains. Certaines rencontres professionnelles dépassent le cadre du travail. Elles deviennent des relations de confiance. Puis des amitiés. Et parfois, de véritables ressources de vie.
L'amitié au travail : une ressource plus précieuse qu'on ne le pense
Longtemps, l'idée d'entretenir des amitiés au travail a été regardée avec méfiance. On lui reprochait de brouiller les frontières professionnelles, de nuire à l'objectivité ou de créer des traitements de faveur.
Pourtant, les travaux récents de François Henry (Icam – Chaire Sens & Travail) montrent une réalité bien différente. À partir d'entretiens approfondis menés auprès de professionnels, le chercheur observe que lorsque la véritable amitié existe au travail, elle favorise au contraire la liberté de parole, le partage d'informations, l'entraide et même la qualité du travail réalisé.
L'amitié permet de se dire les choses avec sincérité, d'oser exprimer un désaccord, de demander de l'aide ou de traverser plus sereinement certaines difficultés. Elle constitue parfois un véritable facteur d'équilibre psychologique.
Ces résultats font écho à ce que beaucoup d'entre nous ont déjà expérimenté : certaines personnes rencontrées dans le cadre professionnel deviennent bien plus que des collègues. Elles deviennent des repères, des soutiens, parfois même des ressources essentielles dans les moments de vulnérabilité.
Ci-dessous : une scène culte de la Série Esprits Criminels. Au fil des saisons, l'équipe du BAU n'est plus seulement un collectif de travail performant. Elle devient un groupe d'hommes et de femmes qui se soutiennent, se protègent et continuent à se retrouver en dehors des enquêtes. Les repas organisés chez Rossi illustrent particulièrement bien cette transformation : derrière les fonctions et les responsabilités, il reste avant tout des êtres humains liés par une histoire commune.
Des liens humains de qualité sont protecteurs
Lorsque nous traversons une période difficile, nous cherchons spontanément des solutions, des conseils ou des réponses. Pourtant, les recherches en psychologie montrent que l'un des facteurs les plus protecteurs demeure la qualité des relations que nous entretenons avec les autres. La famille constitue généralement le premier réseau de soutien. Les amis, les collègues, les voisins, les professionnels ou les associations peuvent également faire partie de cet environnement protecteur. Aucun de ces liens ne supprime les difficultés mais chacun peut contribuer à rendre les épreuves plus supportables. Être écouté. Se sentir compris. Pouvoir parler librement. Partager un moment simple. Toutes ces expériences nourrissent notre sentiment de sécurité psychologique.
La vie continue
Au cours de l'année écoulée, l'une d'entre nous a traversé une épreuve particulièrement douloureuse avec une force et un courage qui nous ont profondément impressionnées. Cette expérience nous a rappelé que personne ne choisit les événements que la vie place sur son chemin. En revanche, chacun mobilise, à sa manière, les ressources dont il dispose pour avancer. La famille, les proches, les amis, le travail, les professionnels, les activités qui font du bien (massages, soins énergétiques, acupuncture …) , le contact avec la nature, le mouvement, les souvenirs, les voyages, les projets … Toutes ces ressources participent à un même processus : celui qui permet progressivement de continuer à vivre malgré les épreuves. Nous avons parfois tendance à sous-estimer la valeur de ces moments simples : un repas partagé, une promenade, une discussion au téléphone, un éclat de rire à la machine à café. Pourtant, ce sont souvent ces moments qui nous rappellent que la vie ne se résume pas aux difficultés que nous traversons.
Le travail fait aussi partie du réseau de soutien
En tant que psychologue du travail, je suis particulièrement sensible au rôle du collectif dans les périodes de vulnérabilité.
Le travail n'est pas seulement un lieu de production. Il est aussi le lieu où naissent parfois des liens capables de nous accompagner pendant des années et de nous soutenir lorsque la vie devient plus difficile.
Au-delà des affinités qui peuvent se créer dans ces espaces professionnels, les collègues, les managers et les équipes ont également un rôle à jouer. Ils peuvent contribuer à créer un environnement dans lequel la personne se sent respectée, écoutée et soutenue.
Être là, quel que soit le lien que l'on entretient avec la personne, signifie parfois des choses très simples : accepter qu'elle ait besoin de temps, respecter son rythme, ses hauts comme ses bas, accueillir sa parole lorsqu'elle souhaite s'exprimer ou, simplement, rester présent.
Comme dans les autres sphères de la vie, il ne s'agit ni de réparer, ni de juger, ni de recommander. Il s'agit d'accompagner avec humanité, de soutenir avec discrétion et d'offrir une présence rassurante lorsque les repères vacillent.
L'environnement professionnel de notre amie a compté pour elle. Comme la famille, les proches ou les amis, il a fait partie des ressources sur lesquelles elle a pu s'appuyer.
Ce que cette photo raconte
Cette photo raconte finalement quelque chose de très simple. Elle raconte la manière dont certaines rencontres professionnelles deviennent peu à peu des amitiés. Et dont certaines amitiés deviennent, avec le temps, des ressources précieuses. La psychologie nous apprend que le soutien social est un facteur majeur de protection face aux épreuves. Mais il existe aussi une autre réalité, plus discrète. Les liens qui comptent vraiment se construisent souvent sans bruit. Au fil des années. Au fil des attentions. Au fil des nouvelles que l'on prend. Au fil des moments où l'on reste présent. Et parfois, au détour d'un week-end entre amies, d'une promenade au bord du Rhône, d'un verre de prosecco ou de quelques délicieux champignons sauce tartare, nous réalisons que ces liens ont traversé le temps avec nous. Car le plus important dans cette photo n'est finalement pas ce que l'on voit. Le plus important, c'est l'histoire qu'elle raconte.
Pour aller plus loin : comprendre le processus de deuil
Le deuil est une expérience universelle qui concerne un jour ou l'autre chacun d'entre nous, que ce soit directement ou à travers l'accompagnement d'un proche. Le psychiatre Christophe Fauré, spécialiste de l'accompagnement du deuil, rappelle que ce processus s'inscrit dans la durée et qu'il est fréquent d'observer, plusieurs mois après le décès, souvent autour de six, huit ou dix mois, ce qu'il appelle un « fléchissement à tonalité dépressive ».
Cette phase fait partie du processus normal de deuil et ne doit pas être interprétée comme un échec ou un retour en arrière. Dans son entretien avec Noémie Sylberg-Klugman consacré à l'accompagnement du deuil, il souligne également l'importance du soutien de l'entourage, de la possibilité de parler de la personne disparue, d'évoquer les souvenirs et de mobiliser différentes ressources : famille, amis, groupes de parole, professionnels, activités physiques, contact avec la nature ou encore pratiques favorisant le bien-être.
Mieux comprendre ces mécanismes permet souvent d'accompagner avec davantage de justesse une personne endeuillée mais aussi de mieux accueillir ce que l'on traverse soi-même.
Référence :
« Accompagner au mieux le processus de deuil » – Entretien de Noémie Sylberg-Klugman avec Christophe Fauré.
Lire l’article : Amitié féminine #2 : un lien vital pour le bien-être psychologique des femmes

