Relations humaines au travail : comprendre, ressentir, agir avec justesse

Les émotions jouent un rôle essentiel dans nos relations professionnelles. Les ressentir, les comprendre et les réguler permet d’ajuster sa communication, de mieux percevoir les tensions et d’agir avec davantage de justesse.

Émotions et relations humaines : pourquoi le corps compte

Dans une récente interview, Guillaume Labbé partage une anecdote marquante de sa formation de comédien à New York où il est resté trois ans. Un jour, une professeure de théâtre, exaspérée par son jeu trop mentalisé, lui lance un stylo et lui dit :

« Arrête de jouer avec ta tête. Joue avec ton corps. Va chercher tes émotions. »

La scène est forte mais elle dit quelque chose d’essentiel. Cette professeure pointe une illusion fréquente : celle selon laquelle les émotions pourraient être produites par la pensée seule, comme un effet technique. Or, une émotion ne se fabrique pas mentalement. Elle se ressent. Et pour être ressentie, elle a besoin d’un ancrage corporel.

 Jouer juste, toucher l’autre, transmettre quelque chose de vivant suppose d’accepter d’être traversé par ses propres états internes. Sans cela, il ne reste qu’une imitation froide, un jeu désincarné.

 Guillaume Labbé ajoute un élément déterminant : cette professeure ne lui demandait pas de se connecter à ses émotions uniquement pendant les cours. Elle l’invitait à vivre les émotions au quotidien, à développer une disponibilité émotionnelle constante, intégrée à la vie ordinaire. Il résume l’impact de cette exigence par une phrase simple :

« Ça m’a transformé »

Cette transformation est centrale. Parce que la relation à l’autre que l’on soit acteur, soignant, psychologue, enseignant, manager ou simplement humain ne repose pas d’abord sur les mots, les techniques ou les intentions. Elle repose sur une capacité plus fondamentale : être en lien avec ce qui se passe en soi.

On ne peut pas faire passer une émotion que l’on ne s’autorise pas à ressentir.
On ne peut pas rencontrer l’autre sans un minimum de présence à soi.

L’empathie : UN processus incarné.

L’empathie n’est pas une opération intellectuelle : c’est un processus incarné. Cela suppose d’accepter que les émotions existent, qu’elles circulent dans le corps, qu’elles informent sur la relation, la sécurité, la menace, l’engagement, la rupture. Les nier ou les tenir à distance ne les fait pas disparaître. Elles peuvent au contraire continuer à influencer nos réactions sans que nous en ayons clairement conscience : irritabilité, évitement, rigidité, réactions défensives ou décisions prises sous tension. Moins identifiées et moins comprises, elles deviennent plus difficiles à réguler. Ainsi, une émotion que l’on identifie mal peut continuer à orienter nos réactions, notre communication ou nos décisions, sans que nous percevions clairement ce qui est à l’œuvre.

Émotions et management : ressentir pour mieux ajuster sa posture

Cette réflexion dépasse largement le champ artistique. Ressentir ses émotions ne signifie ni être faible ni se laisser submerger par elles. Un manager qui développe une meilleure conscience de ses états internes apprend à identifier ce qu’il ressent, à en comprendre les signaux et à réguler ses réactions. Il devient également plus attentif aux manifestations émotionnelles de ses collaborateurs et à ce qui se joue dans les interactions.

 Les émotions constituent ainsi de précieuses sources d’information dans la gestion des équipes. Mieux les identifier permet notamment :

  • d'ajuster sa communication
  • de percevoir les tensions avant qu’elles ne s'installent
  • de comprendre ce qui mobilise ou démobilise un collectif ou un collaborateur
  • de prendre des décisions en intégrant la dimension humaine des situations, au-delà des seuls indicateurs formels

Cette capacité à identifier, comprendre et réguler ses propres émotions, tout en étant attentif à celles d’autrui, participe de ce que l’on désigne généralement comme l’intelligence émotionnelle. Dans le management, elle favorise une lecture plus fine des situations et permet d’adapter sa posture sans pour autant renoncer au cadre, à la décision ou à l’autorité.

À l’inverse, tenir systématiquement les émotions à distance peut avoir un coût : rigidité relationnelle, tensions insuffisamment repérées, décisions déconnectées du vécu des équipes ou désengagement progressif. La compétence émotionnelle ne fragilise donc pas l’autorité ; elle peut au contraire contribuer à l’exercer avec davantage de justesse.

Comme au théâtre, et plus largement dans toute relation humaine, ce n’est pas en coupant le lien avec le corps et les émotions que l’on construit une relation ou que l’on accompagne un collectif. C’est en apprenant à reconnaître ce qu’ils nous signalent, à le réguler et à l’intégrer avec discernement.

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Source(s) : Interview Guillaume Labbé télématin du 2 février 2026
Auteur(s) : Cécile Bueno-Klein, Psychologue Spécialisée Travail