Pourquoi certaines personnes sont-elles fermées au dialogue ?
- Jeudi 03 Avril 2025
- #PERSONNALITÉS ET COMPORTEMENTS AU TRAVAIL
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Attendre de l’écoute quand l’autre est fermé, c’est comme chercher de la lumière dans une pièce sans fenêtre.
Pourquoi l’ouverture d’esprit est-elle essentielle au dialogue ?
Dans nos interactions, nous espérons souvent que l’autre puisse entendre notre point de vue, comprendre nos arguments et éventuellement remettre en question certaines de ses certitudes. Pourtant, toutes les personnes ne présentent pas la même ouverture au dialogue.
Face à une personne particulièrement rigide dans ses convictions, multiplier les arguments ou redoubler de bienveillance ne suffit pas toujours. L’ouverture d’esprit suppose en effet de pouvoir écouter un point de vue différent du sien, envisager d’autres perspectives et accepter, parfois, de remettre en question ses propres représentations.
Identifier cette capacité chez son interlocuteur permet de mieux comprendre ce qui se joue dans l’échange et d’éviter de consacrer une énergie considérable à convaincre une personne qui n’est pas disposée à entendre un autre point de vue.
Parler à un mur : quand le dialogue devient impossible
Imaginez que vous essayez d’expliquer la beauté d’un coucher de soleil à quelqu’un qui refuse d’ouvrir les yeux. Peu importe la richesse de votre description, votre interlocuteur ne verra jamais ce que vous tentez de lui montrer. Il en va de même dans la communication : si une personne n’est pas prête à écouter, il devient très difficile de construire un véritable échange, quelle que soit la qualité de vos arguments..
Quels fonctionnements psychologiques peuvent rendre le dialogue difficile ?
Certaines personnalités sont plus susceptibles de refuser la remise en question, que ce soit pour des raisons psychologiques ou de construction identitaire. Parmi elles :
Les personnes rigides :
Elles ont du mal à s’adapter au changement et restent attachées à leurs habitudes et à leurs schémas de pensée par confort ou besoin de contrôle. Elles ne sont pas nécessairement opposées aux nouvelles idées mais leur résistance au changement est souvent automatique.
Les dogmatiques :
Contrairement aux personnes rigides qui agissent par habitude, les dogmatiques sont enfermées dans des croyances qu’ils considèrent comme absolues et incontestables. Leur cadre de pensée est verrouillé par des certitudes idéologiques, qu’il s’agisse de religion, de politique ou de principes personnels immuables.
Les égocentriques :
Plus préoccupés par leur propre opinion que par la vérité ou l’échange constructif, ils écoutent rarement pour comprendre, mais plutôt pour imposer leur point de vue.
Les comportements narcissiques :
Certains fonctionnements narcissiques peuvent rendre la remise en question particulièrement difficile. Reconnaître une erreur, accepter une critique ou considérer un point de vue différent peut être vécu comme une atteinte à l’image de soi, favorisant des réactions défensives.
CERTAINS FONCTIONNEMENTS PSYCHOpathologiques :
Certains troubles de la personnalité, notamment lorsqu’ils s’accompagnent d’une forte méfiance, d’une rigidité importante ou d’une tendance à interpréter les intentions d’autrui comme hostiles, peuvent rendre la remise en question et le dialogue particulièrement difficiles. C’est notamment le cas de certains fonctionnements paranoïaques.
Pourquoi est-il si difficile de remettre en question ses croyances ?
Remettre en question une conviction n’est pas toujours facile. Plusieurs mécanismes étudiés en psychologie cognitive et sociale permettent de comprendre pourquoi nous pouvons résister aux informations qui contredisent nos croyances mais aussi ce qui favorise une pensée plus flexible et ouverte à d’autres perspectives.
- La dissonance cognitive (Léon Festinger, 1957) : Cette théorie explique que lorsqu’une personne est confrontée à une information qui contredit ses croyances, elle ressent un inconfort psychologique. Les personnes ouvertes d’esprit sont plus enclines à ajuster leurs croyances tandis que les esprits rigides ou dogmatiques ont tendance à rejeter ou rationaliser ces nouvelles informations pour préserver leur cohérence interne.
- La pensée critique et l’intelligence émotionnelle : Des études montrent que les individus dotés d’une forte intelligence émotionnelle (Daniel Goleman, 1995) et de capacités de pensée critique (Diane Halpern, 1998) sont plus ouverts à la discussion et plus aptes à reconsidérer leurs opinions.
- Le biais de confirmation : Il s’agit de la tendance à privilégier les informations qui confirment nos croyances préexistantes et à ignorer celles qui les contredisent. Plus une personne est dogmatique, plus ce biais est marqué, ce qui réduit considérablement les chances de changement de point de vue.
- L’échelle de l’ouverture d’esprit (Keith E. Stanovich et Richard F. West, 2007) : Cette échelle mesure la propension d’une personne à envisager d’autres perspectives. Les résultats indiquent que l’ouverture cognitive est liée à une plus grande flexibilité mentale et à une meilleure aptitude à la résolution de problèmes complexes.
Pourquoi évaluer l’ouverture d’esprit en recrutement, coaching et évolution professionnelle ?
Dans les métiers de l’accompagnement et des relations humaines, la capacité à entendre un autre point de vue, à remettre en question certaines de ses représentations et à envisager d’autres façons de faire constitue une dimension importante du fonctionnement professionnel. Son importance varie naturellement selon le poste, l’environnement de travail et les responsabilités exercées.
- Le recrutement : dans un environnement évolutif ou fortement collaboratif, une personne très rigide dans ses représentations peut rencontrer des difficultés à intégrer les retours, à adapter ses pratiques ou à travailler avec des personnes dont les approches diffèrent des siennes. L’ouverture d’esprit peut donc faire partie des dimensions à explorer dans l’évaluation d’un candidat, au même titre que d’autres caractéristiques pertinentes au regard du poste.
- La mobilité interne : une promotion ne repose pas uniquement sur la maîtrise technique du métier. Accéder à de nouvelles responsabilités suppose souvent de changer de posture, accepter le feedback, composer avec des points de vue différents et faire évoluer ses pratiques. Une forte difficulté à se remettre en question peut devenir un point de vigilance, notamment dans l’accès à des fonctions managériales.
- Le coaching de dirigeants, managers et salariés : un accompagnement suppose une certaine disponibilité à l’introspection. Il ne s’agit pas d’adhérer systématiquement au regard du coach, mais d’être capable d’examiner ses propres modes de fonctionnement, de questionner ses certitudes et d’expérimenter d’autres manières d’agir. Sans cette ouverture minimale, les possibilités d’évolution restent limitées.
- Le bilan de compétences : engager une réflexion sur son avenir professionnel demande également de pouvoir sortir, au moins temporairement, de ses représentations habituelles : envisager d’autres métiers, reconsidérer certaines croyances sur ses capacités, confronter ses aspirations à la réalité et explorer des pistes auxquelles on n’aurait pas spontanément pensé. L’ouverture d’esprit favorise ainsi l’exploration, sans pour autant imposer le changement.
Comment préserver son énergie face à une personne fermée au dialogue ?
Avant de vous engager dans une discussion difficile, interrogez-vous sur la capacité de votre interlocuteur à entendre un point de vue différent. Si cette ouverture semble impossible, poursuivre l’échange à tout prix risque surtout de vous épuiser.
Toutes les discussions ne méritent pas la même énergie. Renoncer à convaincre n’est pas renoncer à dialoguer : c’est parfois reconnaître les limites du dialogue et choisir où investir son énergie.
L’essentiel ? Apprendre à reconnaître les terrains fertiles pour la discussion et savoir renoncer à convaincre lorsque le dialogue n’est plus possible.
Une relation professionnelle vous met en difficulté ?
Un accompagnement peut vous aider à comprendre les mécanismes à l’œuvre dans la relation, à ajuster votre positionnement et à préserver votre énergie lorsque le dialogue devient difficile. Bénéficiez du regard d’une psychologue du travail expérimentée, qui connaît également la réalité de l’entreprise et ses enjeux.