Comment nos pensées influencent-elles nos émotions et nos comportements ?

Nos pensées influencent notre manière d’interpréter les situations, nos émotions et nos comportements. Comprendre ces mécanismes aide à prendre du recul et à développer de nouvelles réponses.
« Une idée, pour peu qu’on s’y accroche avec une conviction suffisante, qu’on la caresse et la berce avec soin, finira par produire sa propre réalité. »  Paul Watzlawick

Nos pensées influencent la manière dont nous interprétons ce qui nous arrive mais aussi nos émotions, nos réactions corporelles et nos comportements. Cela ne signifie pas qu'il suffirait de « penser positif » pour changer la réalité. Comprendre le rôle de nos pensées permet plutôt d'identifier certains automatismes, de prendre du recul sur nos interprétations et d'élargir notre manière de répondre aux situations.

Comment nos pensées influencent-elles nos émotions et nos comportements ?

Une même situation peut provoquer des réactions très différentes selon la manière dont nous l’interprétons. Ce ne sont donc pas uniquement les événements auxquels nous sommes confrontés qui influencent nos émotions et nos comportements mais également le sens que nous leur attribuons.

Avant une réunion, penser « je vais encore me faire attaquer » ne prépare pas à la même expérience que penser « cette réunion risque d’être difficile, mais je peux préparer mes arguments ». Dans les deux cas, la situation est identique ; l’anticipation, l’état émotionnel et les comportements susceptibles d’en découler diffèrent.

Nos pensées peuvent ainsi amplifier une émotion, entretenir une inquiétude, favoriser l’évitement ou, au contraire, soutenir notre capacité à agir. Identifier ces mécanismes permet de prendre davantage de recul face à certaines pensées automatiques.

Pourquoi certaines pensées finissent-elles par nous enfermer ?

Certaines pensées apparaissent de manière presque automatique face à une situation : « je ne vais pas y arriver », « je vais forcément échouer », « je dois absolument réussir », « il va encore me critiquer ». À force de se répéter, elles peuvent devenir si familières que nous ne les interrogeons plus.

Ces pensées s'appuient parfois sur des croyances plus profondes, construites au fil de notre histoire et de nos expériences : se croire incapable, devoir toujours être à la hauteur, penser que l'erreur est inacceptable ou que le regard des autres détermine sa propre valeur.

Elles influencent alors la manière dont nous sélectionnons et interprétons les informations. Une personne convaincue qu'elle n'est « pas à la hauteur » pourra, par exemple, accorder beaucoup d'importance à une remarque critique tout en minimisant les signes de reconnaissance qu'elle reçoit.

Le risque est qu'un processus de renforcement s'installe : ce que nous pensons influence notre manière d'aborder la situation, notre comportement contribue à ce qui se produit et le résultat peut venir conforter notre croyance initiale. Comprendre ce mécanisme permet précisément de commencer à l'interroger.

Quel lien existe-t-il entre nos pensées, nos émotions et notre corps ?

Pensées, émotions et réactions corporelles sont étroitement liées. Anticiper une situation comme menaçante peut, par exemple, s’accompagner d’une accélération du rythme cardiaque, de tensions musculaires ou d’une modification de la respiration.

À l’inverse, nos sensations corporelles influencent également notre manière d’interpréter une situation. Fatigue, tension ou agitation peuvent modifier notre disponibilité mentale et émotionnelle.

Il est donc plus juste de parler d’interactions réciproques entre pensées, émotions, comportements et réactions physiologiques que d’un esprit qui « commanderait » simplement au corps.

Que se passe-t-il lorsque nous anticipons une situation stressante ?

Notre organisme peut réagir non seulement à une situation présente mais également à l'anticipation d'une situation perçue comme menaçante. Imaginer un entretien difficile, une prise de parole ou un conflit à venir peut ainsi suffire à provoquer tension musculaire, accélération du rythme cardiaque, agitation ou difficultés de concentration.

Ces réactions correspondent à la mobilisation de mécanismes physiologiques impliqués dans la réponse au stress. Lorsqu'elles deviennent fréquentes ou prolongées, elles peuvent contribuer à la fatigue et peser sur la récupération et la disponibilité cognitive.

Là encore, la relation fonctionne dans les deux sens : une forte tension corporelle peut à son tour renforcer l'impression qu'une situation est dangereuse ou difficile à affronter. Pensées, émotions et sensations corporelles peuvent ainsi s'entretenir mutuellement.

Pensée positive et psychologie positive : quelle différence ?

Penser positivement ne consiste pas à se convaincre que « tout va bien » lorsque la réalité est difficile, ni à remplacer systématiquement une pensée négative par une pensée positive. Certaines inquiétudes, peurs ou pensées désagréables sont parfaitement adaptées à ce que nous vivons et peuvent nous aider à identifier un problème ou à nous préparer à agir.

L’enjeu est plutôt de repérer les pensées qui apparaissent automatiquement et d’observer la manière dont elles influencent nos émotions, nos comportements et notre perception d’une situation. Une pensée comme « je vais forcément échouer » n’aura pas les mêmes effets qu’une pensée plus nuancée comme « cette situation est difficile, mais je peux m’y préparer ».

La psychologie positive ne se résume donc pas à la pensée positive. Elle s’intéresse plus largement aux ressources et aux processus qui contribuent au bien-être et au fonctionnement psychologique : émotions positives, engagement, relations, sens, accomplissement, forces personnelles ou encore capacité à faire face aux difficultés.

Il ne s’agit pas d’ignorer ce qui va mal mais de ne pas réduire son attention à ce qui ne fonctionne pas. Les difficultés peuvent être reconnues et travaillées tout en mobilisant les ressources dont dispose la personne pour y faire face.

Travailler sur ses pensées consiste ainsi moins à « penser positif » qu’à prendre du recul sur ses interprétations, les confronter à la réalité et retrouver davantage de souplesse dans sa manière de penser et d’agir.

Comment prendre du recul sur ses pensées ?

Prendre du recul sur ses pensées consiste à détecter ce que l’on se dit intérieurement notamment dans les situations qui provoquent une réaction émotionnelle forte ou qui se répètent.

Une pensée automatique comme « je n’y arriverai pas », « il va forcément mal le prendre » ou « si je refuse, je vais décevoir » doit être interrogée : sur quels faits repose-t-elle ? Existe-t-il d’autres façons d’interpréter la situation ? Quelles émotions et quels comportements cette pensée entraîne-t-elle chez moi ?

Cette mise à distance permet progressivement de distinguer les faits, les anticipations et les interprétations. Elle ouvre également la possibilité d’envisager d’autres réponses plutôt que de reproduire automatiquement les mêmes réactions. Vous êtes observateurs de vos pensées.

Prêter attention à ses pensées, à ses émotions et à ses sensations corporelles permet ainsi de mieux comprendre ce qui se joue dans une situation et de retrouver davantage de souplesse et de capacité d’action.

Auteur(s) : Cécile Bueno-Klein, Consultante Psychologue Axis And Search Consulting Alès Uzès Avignon