Quand la quête de sens devient refuge : pourquoi certains jeunes se tournent vers la religion

Centre d’information et d’orientation des jeunes à Alès et Uzès. Analyse psychologique de la quête de sens et accompagnement des jeunes et familles.

De nombreux parents s’inquiètent lorsqu’ils constatent que leur adolescent ou leur jeune adulte se rapproche de la religion, parfois de façon soudaine. Cette inquiétude est compréhensible, dans un contexte où les questions de radicalisation, d’emprise ou de rupture inquiètent légitimement. Pourtant, d’un point de vue clinique, ce mouvement mérite d’être observé avec nuance et sans amalgame.

Se tourner vers la religion n’est pas en soi un signe de dérive. Il s’agit le plus souvent de l’expression d’une quête de sens, particulièrement active à certains moments de la vie.

Une quête identitaire à l’adolescence et au début de l’âge adulte

L’adolescence et le passage à l’âge adulte constituent des périodes de remaniement identitaire majeures. Les repères se transforment, les appartenances se redéfinissent et les questions liées à la place de chacun, à la valeur personnelle et à l’avenir prennent une acuité particulière.

Les travaux du psychiatre, psychanalyste et professeur Maurice Corcos[1] éclairent finement ces dynamiques. Il montre que lorsque le corps et le psychisme ont été fragilisés par des expériences de rupture, de violence ou de désorganisation, la continuité identitaire peut se trouver altérée. Le sujet peut alors éprouver un sentiment de vide, de discontinuité, voire une difficulté à se reconnaître dans son propre parcours.

Dans ce contexte, la religion peut apparaître comme un appui symbolique : elle propose un cadre, des repères, un récit, une continuité entre le passé, le présent et l’avenir, là où le vécu interne est marqué par l’instabilité.

Religion, cadre et fonction apaisante

Dans la perspective de Maurice Corcos, le recours à la religion ne relève pas nécessairement d’une adhésion idéologique ou dogmatique. Il répond avant tout à une fonction psychique.


La religion offre :

  • Un cadre structurant,
  • Des rituels,
  • Une temporalité organisée,
  • Une inscription dans une histoire collective.

Ces éléments ont une fonction contenante. Ils peuvent apaiser l’angoisse, réduire le sentiment de chaos interne et soutenir une stabilité minimale lorsque d’autres cadres (familiaux, scolaires ou sociaux) ne suffisent plus.

Ce qui est en jeu, cliniquement, n’est donc pas tant la croyance en elle-même que ce qu’elle permet de soutenir : la continuité, l’apaisement, le sentiment d’exister.

 Donner du sens … et de l’espoir

Cette question du sens a été développée par le psychiatre et neurologue Viktor Frankl, fondateur de la logothérapie. Frankl a montré que la recherche de sens constitue une motivation fondamentale de l’être humain. Lorsque le sens fait défaut, la souffrance psychique s’intensifie ; lorsqu’un sens peut être trouvé, même partiellement, il devient possible de traverser des situations très éprouvantes.

La religion peut être apaisante non seulement parce qu’elle structure mais aussi parce qu’elle ouvre une perspective, soutient l’espoir et permet de se projeter au-delà de l’immédiateté de la souffrance. Ce n’est pas la foi en elle-même qui soigne, mais la possibilité de relier son vécu à quelque chose de signifiant.

Une même dynamique chez les jeunes … et dans le monde du travail

Cette quête de sens observée chez certains jeunes s’inscrit dans un contexte plus large. La période post-Covid a agi comme un révélateur, mettant en lumière une fragilisation collective des repères, notamment dans le rapport au travail.

 De nombreux adultes ont quitté leur emploi, se sont reconvertis ou ont remis en question des trajectoires pourtant stables. Il ne s’agissait pas uniquement d’améliorer des conditions de travail, mais de répondre à une interrogation plus profonde : à quoi est-ce que je donne mon temps, mon énergie, ma vie ?

Le travail, comme la religion, est un cadre identitaire. Il organise le temps, soutient la reconnaissance sociale et participe à la construction du sentiment d’utilité et d’existence. Lorsqu’il ne joue plus cette fonction, le sujet est amené à chercher ailleurs de quoi restaurer une cohérence interne.

Dans les accompagnements en bilan d’orientation comme en bilan de compétences, cette question est omniprésente. Chez les jeunes comme chez les adultes, la difficulté n’est pas seulement de choisir une voie mais de trouver une direction qui fasse sens.

 Une quête universelle de sens

Cette dynamique traverse toutes les étapes de la vie. Elle est d’ailleurs implicitement présente dans la pyramide des besoins d’Abraham Maslow. Si les besoins fondamentaux (sécurité, appartenance, estime) constituent la base de l’équilibre, Maslow situe au sommet le besoin d’accomplissement, qui inclut la recherche de sens, de cohérence et de réalisation de soi. Dans ses travaux ultérieurs, il évoquera même la transcendance, c’est-à-dire le fait de se relier à quelque chose qui dépasse l’individu.

Cette perspective rejoint également la pensée de Spinoza. Pour le philosophe, l’être humain tend à persévérer dans son existence (conatus). Cette puissance de vivre se renforce lorsque la personne parvient à comprendre ce qu’elle vit, ce qui l’affecte et ce qui la met en mouvement. Donner du sens devient alors une manière de retrouver de la cohérence, d’apaiser les affects douloureux et de soutenir l’élan vital.

 Ce qui doit inquiéter … et ce qui ne doit pas

 D’un point de vue clinique, ce n’est pas le fait de se tourner vers la religion qui doit alerter, mais certains signes associés : rupture brutale avec l’entourage, isolement, perte d’esprit critique ou effacement progressif de l’identité personnelle.

À l’inverse, une démarche religieuse qui apaise, soutient et s’inscrit dans une continuité relationnelle peut constituer un facteur de stabilisation, notamment dans des périodes de fragilité.

Lorsque le sens vacille, prendre le temps de le questionner et de le remettre en cohérence peut devenir un appui précieux, à tout âge.

Les accompagnements proposés au sein du cabinet AXIS AND SEARCH CONSULTING, bilan de compétences, bilan d’orientation, coaching ou soutien psychologique, intègrent pleinement cette dimension du sens et des projets porteurs de cohérence.

Psychologue du travail et consultante en orientation, j’accompagne les adolescents et jeunes adultes dans leurs choix d’orientation scolaire et professionnelle à Alès, Uzès et Avignon. Mon approche s’appuie sur une analyse approfondie du parcours, de la personnalité et des motivations, afin d’aider chaque jeune à construire un projet cohérent, réaliste et porteur de sens.  

[1] Professeur Maurice CORCOS, Psychiatre et psychanalyste, professeur de psychiatrie infanto-juvénile à Paris V René Descartes et chef du département psychiatrie de l’adolescent à l’Institut Mutualiste Montsouris

Source(s) :
Auteur(s) : Cécile Bueno-Klein, Psychologue Consultante